• Violaine Schütz

L'affaire Johnny Depp/Amber Heard ou le procès en sorcellerie fait aux victimes



Johnny Depp a perdu son procès en diffamation contre le journal britannique The Sun qui l'accusait d'avoir été violent envers Amber Heard. Pourtant, l'actrice n'a toujours pas gagné la sympathie du public.  Retour sur une sale affaire symptomatique du sort réservé aux femmes.

Depuis l’embarrassante vidéo du 18 avril 2016, où le couple hollywoodien s'excusait, forcé par la loi, d'avoir emmené ses chiens en Australie (ce qui est interdit), rien semblait aller entre le Pirate des Caraïbes et la "sirène" (c'est bien l'image que se fait le public de cette ensorceleuse) de Rhum Express et Aquaman. Cela était confirmé le 23 mai 2016 quand Amber Heard demandait le divorce pour « différends irréconciliables » un peu plus d'un an après leur mariage. Cela était en fait bien plus grave que ça. Lors d'un témoignage devant le juge le 27 mai, l'actrice accusait son futur ex-mari de violences domestiques physiques et verbales répétées. Elle contait notamment un incident ayant eu lieu en décembre durant lequel elle avait eu peur pour sa vie. Elle expliquait également que lors d'une soirée du 21 mai, éméché, Johnny l'avait frappé avec son iPhone avant de la tirer par les cheveux sur le sol. Les magazines américains se sont alors procuré les photos montrant la Texane avec un hématome sous l'œil, un cadre photo cassé et un verre d'alcool sur le sol. Des images difficiles à regarder. Amber évoquait aussi les crises de paranoïa de son mari, ainsi que ses problèmes d'alcool et de drogues et obtenait une ordonnance restrictive contre lui. Trois jours après, l'acteur s’exprimait par un communiqué de son représentant. « En raison de la brièveté de son mariage et la disparition tragique et récente de sa mère, Johnny ne répondra à aucun ragots, histoires fallacieuses, désinformations et mensonges qui se répandent sur sa vie privée. Il reste à espérer que la dissolution de ce bref mariage sera réalisé rapidement. » Quelques jours après, Johnny avait déjà rempli des papiers pour signifier à la justice qu'il ne devrait pas payer de pension à la femme avec qui il est resté marié quinze mois.

Retournement de situation

Sauf que étrangement, au lieu de défendre la jeune femme, victime présumée, la presse et le public se sont mis de concert à enfoncer Amber les années qui ont suivi et à prendre partie pour Johnny Depp. On lui a reproché d'avoir quitté Johnny seulement trois jours après la mort de sa mère, d'être une menteuse, une croqueuse de diamants. Sur les réseaux sociaux, elle a même reçu des menaces de mort. On a ressorti sa carrière balbutiante, sa bisexualité et son physique avantageux sur le tapis, comme si cela constituait des arguments valables.

Pire, l'entourage de Johnny est monté au créneau. La maquilleuse Lori Anne Allison, avec qui il avait été marié dans les années 1980, a juré que jamais il n’avait levé la main sur elle, mais était au contraire, doux et aimant. L'ex-compagne de Johnny pendant 14 ans, Vanessa Paradis déclarait dans une lettre manuscrite publiée par le site people TMZ : « Pendant toutes les années au cours desquelles j'ai connu Johnny, il n'a jamais été physiquement violent avec moi et cela ne ressemble en rien à l'homme avec lequel j'ai vécu pendant 14 merveilleuses années ».

Dans la foulée, Lily-Rose Depp soutenait son père en postant sur son Instagram une photo de lui et elle bébé sous-titrée d'un commentaire affectueux : « Mon père est la plus douce et la plus aimante des personnes que je connais. Il a été un père merveilleux avec mon petit frère et moi, et tous ceux qui le connaissent diront la même chose. »

On apprenait aussi dans les tabloïds que toute la famille Depp détestait Amber, surtout Jack et Lily-Rose, les enfants de Vanessa et Johnny. Le réalisateur Terry Gilliam et Doug Stanhope, acteur et humoriste, sont aussi venu « au secours » de l'acteur, traitant Amber de garce manipulatrice et « de bien meilleure actrice qu'ils ne le pensaient ». Problème : ce n'est pas parce qu'il n'aurait jamais été violent auparavant qu'un homme ne peut le devenir. D'ailleurs, Kate Moss et Winona Ryder (elle mettra un peu plus de temps pour évoquer son ex), qui l'ont connu à l'époque où le rebelle - adepte de cocaïne et de sautes d'humeur - démolissait des chambres d'hôtels, ne se sont pas précipité pour clamer combien leur ex était un ange.

Trop jolie sorcière

Les rumeurs sont allées bon train. On a dit que Johnny Depp, en pleine « midlife crisis » aurait été très jaloux des amitiés féminines de sa femme, notamment avec Cara Delevigne. Alors que le clan Depp tentait de faire passer la blonde pour une sorcière, des amis de l'actrice arguaient dans la presse qu'ils étaient au courant de la violence de Johnny envers sa femme. Sur Twitter, deux clans se sont affrontés : les « IamwithJohnny » et les « IamwithAmber. » Tandis que les tabloïds ne cessaient de ressortir de vieux dossiers, comme cette info datant d'il y a deux ans selon laquelle Angelina Jolie considérait l'union de son collègue avec la mannequin-actrice comme une erreur. Pendant ce temps, d'autres photos terribles du visage tuméfié d'Amber apparaissaient sur le web, ainsi que des textos qu'elle aurait échangé avec l'assistant de Johnny prouvant que l'acteur l'a bien frappée, en 2014 (et dont la validité fut après remise en question.)

Dépeint comme un mari violent à l’égard de son ex-femme par le tabloïd The Sun, Johnny Depp a perdu son procès en diffamation le 2 novembre 2020. Mais le traitement médiatique qui a été fait de l'affaire montre que la violence conjugale, sujet grave dont sont victimes chaque année de nombreuses femmes, n'est pas traité à la hauteur du problème.

La façon dont Amber Heard a été maltraitée par le public ressemble à un procès fait aux sorcières dans des temps plus sombres. Une sorcière qui s'est trouvée être un peu trop jolie, un trop "lesbienne" et beaucoup moins connue que son ex. On a abordé sa vie et ses choix comme si les victimes présumées d'abus étaient censées se justifier. Et qu'il était normal de s'attaquer à Heard car Depp était un artiste très aimé. Le 31 mai 2016, la représentante de l'actrice rappelait justement : « Il n'est pas rare que l'abuseur fasse passer la victime pour la méchante. Amber a agi de la même façon que de nombreuses victimes de violences conjugales, qui pensent d'abord au mal qui pourrait arriver à leur agresseur plutôt qu'aux souffrances qu'elles ont déjà endurées. » Il y a encore du travail pour faire taire la violence verbale dont font objet celles qui portent plainte.


Violaine Schütz

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