• La rédaction

Le pouvoir politique de Beyoncé



Beyoncé : de reine de la pop à l'activiste politique ?


La pop star vient de sortir la bande annonce de son projet Disney "Black Is King" qui fait polémique pour sa romantisation de l'histoire de l'Afrique. L'occasion de se pencher sur le tournant pris par sa carrière il y a 4 ans.


Avec le clip de son single, « Formation » en 2016, et sa prestation remarquée au Super Bowl, Queen B s'avérait plus politique et forte que jamais. Retour sur son nouveau combat : après le féminisme en « string », la fierté noire et le refus discriminations et des injustices raciales aux États-Unis. Queen Bey, présidente ?


On la savait femme forte, guerrière et amazone. Proche de Barack Obama et fermement féministe (« who run the world ? Girls » dit l'une de ses chansons) mais Beyoncé a opéré avec "Formation" une véritable révolution dans son univers pop. La vidéo de cet hymne de combat a fait l'effet d'une bombe quand elle est sortie en 2016. L'une des plus grandes stars noires de tous les temps y célébrait avec force la beauté de sa communauté, tout en fustigeant le racisme et la montée des tensions raciales dans son pays.

Dans ce sublime court-métrage dirigé par Melina Matsoukas, déjà responsable de la vidéo de « Pretty Hurts », il ne s'agit plus de femmes revendiquant leur puissance. Mais de toute une communauté rappelant son identité et ses droits inaltérables. L'une des images les plus puissantes de « Formation », c'est celle d'un jeune garçon noir portant un hoodie en train de danser devant une ligne de policiers blancs qui lâchent les armes pour lever les bras au ciel. Voilà qui rappelle les protestations du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs aux États-Unis. Il y a quelques années, la communauté noire avait reproché au coupe Jay-Z-Beyoncé de ne pas se servir de sa célébrité pour la défendre. Récemment le power couple a donné via Tidal (sa société de streaming) 1.5 million de dollars au mouvement Black Lives Matter ainsi qu'à d'autres organisations. L'année dernière, les Carters avaient déjà offert des milliers de dollars à une association pour faire sortir de prison les protestants de Baltimore, qui étaient descendu manifesté dans la rue après la mort injuste et terrible du jeune afro américain Freddie Grey. Un plan de « Formation » montre un graffiti sur un mur indiquant : « Stop shooting us ». Difficile de faire plus clair et fort.



L'hommage à la Louisiane et aux Black Panther

Il faut dire que Beyoncé et la réalisatrice du clip ne laissent rien au hasard. La vidéo de "Formation" est tournée symboliquement en Nouvelle-Orléans, en Louisiane, où s'est marié et vit la sœur de Queen Bey, Solange, et où leur mère a grandi. « My Daddy Alabama Momma Louisiana/ You mix that Negro with that Creole/ Make a Texas bamma » scande la belle, dans un décor victorien rappelant la ségrégation raciale du Sud des États-Unis.L'ancrage dans cette ville montre aussi comment la communauté noire de la Nouvelle Orléans a -mal- vécu socialement l'après-ouragan Katrina. Le clip commence par une Beyoncé, en robe couture, coulant sur une voiture de police au milieu des flots, et se termine par la même image. Même si l'ex Destiny's Child est devenue une riche entertaineuse, elle n'a pas oublié ses origines, ni les luttes que les personnes de sa couleur de peau doivent encore hélas mener. La vidéo de « Formation » mentionne ainsi Martin Luther King Jr., en une d'un journal appelé The Truth avec l'inscription “more than a dreamer.” Et lors de sa performance du titre à la mi-temps du Super Bowl dimanche, la chanteuse rendait hommage avec sa tenue noire et or à l'uniforme du mouvement politique Black Panther, qui fête cette année ses cinquante ans. Lors du show de grande écoute ultra patriote, on voyait ainsi une armée de femmes noires portant une veste en cuir, un béret et une coupe afro levant le poing sur la pelouse du stade. Ce geste rappelle les jeux olympiques de 1968. Les coureurs américains Tommie Smith et John Carlos protestèrent alors contre la ségrégation raciale en baissant la tête et en levant un poing ganté.



Afro, une revendication

Célébration de la culture noire, sous toutes ses coutures (notamment dans sa tradition créole du mardi gras coloré de la Nouvelle Orléans lors d'une séquence), le clip de « Formation » met également en scène une Beyoncé tressée et sa fille, arborant une coupe afro. La petite Blue Ivy avait fait l'objet de critiques honteuses sur la toile, en 2013, reprochant à sa mère de ne pas lui lisser les cheveux, selon les normes « occidentales ». Ici, elle se tient fièrement au milieu de deux autres petites filles coiffées comme elle, la chevelure naturelle, comme pour montrer la beauté de l'afro. D'ailleurs on aperçoit aussi Beyoncé faire deux doigts d'honneur à un moment donné, entourée d'hommes noirs façon western à la sauce Tarantino. Un message aux critiques en défense de sa fille ? Un peu plus tôt, la chanteuse, que la presse a accusé d'avoir refait son nez, clame : « Ilike my negro nose with Jackson five nostrils» scande Bey (soit « j’aime mon nez nègre et mes narines de Jackson Five »), faisant taire une nouvelle fois les haters d'une punchline enlevée et d'un revers de fesses voluptueux.


Vénus noire

Après des apparitions comme actrice dans Dreamgirls et Cadillac Records, Beyoncé aurait pour projet un biopic sur la vie de Saartjie Baartman, la jeune esclave et phénomène de foire d'un affreux spectacle du Londres victorien. Cette femme surnommée « Vénus hottentote » avait déjà fait l'objet d'un film réalisé par Abdellatif Kechiche, Vénus Noire en 2010. Selon The Sun, Beyoncé pourrait incarner elle-même dans cette version la Vénus, tristement exhibée dans une cage jusqu'à sa mort. En attendant ce long-métrage, qui devrait posséder des airs de pamphlet, certains rêvent de Queen Bey à la Maison Blanche ? Non pas pour chanter et claquer la bise au Président et à Michelle. Non, en queen of the world (à la manière de Kanye West). En robe Givenchy, of course. Les paris restent ouverts.


Violaine Schütz


Cet article a d'abord été publié sur GlamourParis.com, site qui a malheureusement fermé ses portes à l'arrêt récent du Glamour France.

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