• Antoine Guitou

Que faut-il penser du nouveau James Gray : Ad Astra ?


Les derniers films de James Gray étaient plutôt décevants. Que faut-il penser du tout dernier, à l'affiche en ce moment ?

Ad Astra dépeint l’expédition d'un homme (Brad Pitt) envoyé à l’autre bout du système solaire pour rechercher des traces du vaisseau disparu de son père (Tommy Lee Jones). On assiste à une odyssée psychanalytique, qui mêle le voyage spatial et l’introspection. Le héros cherche à élucider l’abandon de son père en même temps qu’il remplit une mission vitale pour la Terre. Un drame familial aux dimensions homériques donc.

Une anticipation crédible Le cadre temporel est une anticipation à court terme, d’un réalisme tangible. On y voit par exemple des vols commerciaux, à la manière des vols aériens, pour la lune. Mais le prix des couvertures distribuées à bord prête à sourire. La lune est colonisée par de grandes chaînes commerciales. On est de fait dans un monde capitaliste qui suit son cours naturel, et les conflits de pouvoirs sont exportés dans l’espace. D’ailleurs seuls de petits détails intégrés à un monde familier viennent exprimer l’anticipation technologique, comme des écrans transparents. Mais au fur et à mesure que le film s’enfonce dans l’espace, il abandonne son réalisme. Rappelons qu’à un moment Brad Pitt escalade une fusée au décollage... Mais qui d’autre que lui aurait pu le faire ?

Le film joue sur des designs différents de navettes spatiales en fonction de leur époque : un souci du détail qui rappelle le soin apporté aux décors du premier Alien.

Un film ambitieux Il s’agit du premier film de science-fiction de James Gray, qui revendique comme références rien de moins que 2001 l’Odyssée de l’espace ou Apocalypse Now. Au même titre que ces deux monuments, Ad Astra parvient à être à la fois contemplatif et rythmé. Une des plus belles scènes ? Une course poursuite épique sur la face cachée de la lune, comme au ralenti, avec des sons étouffés. Comme dans Interstellar, le sound design joue une part importante pour souligner le vertige du cosmos. La bande originale de Max Richter, même si elle ne renouvelle pas le genre, est utilisée de façon subtile, avec des sons d’orgue qui prennent aux tripes dans une salle de cinéma. La beauté de la photographie et la gradation chromatique qui ponctue le film donnent encore plus de poésie à l'ensemble. D’une terre multicolore et verdoyante, en proie au trouble, à la lune toute en nuances de gris, où tout semble extraterrestre. Mais aussi une Mars aux couleurs sable, dans laquelle le héros sort d’une mer embrasée dans le néant (un lac souterrain), semblable à la naissance d’un dieu. Le tout avec une grande économie de moyens - les architectures pourraient être des parkings ou des hangars berlinois. Le film parvient à mettre en scène, tout en textures et couleurs, une solitude métaphysique, qui s’étend à mesure que le héros s’enfonce dans l’espace. La station de Vénus, couverte de bleu et d’or, évoque un temple égyptien, point visuel culminant du film.

Des acteurs en orbite

La performance des acteurs impressionne, même si elle se fait dans la retenue : Brad Pitt et Tommy Lee Jones parfaits dans leurs rôles respectifs, un anti-héros et son père qui a tout du fantôme shakespearien. Les seconds rôles d’habitants extra-terrestres comme celui joué par une Ruth Negga, magistrale sont aussi réussis. Rappelons qu’il s’agit d’un film produit par Brad Pitt lui-même – prenant un risque financier puisqu’il ne s’agit pas d’un blockbuster. Ad Astra marque un nouveau tournant de sa carrière, dans lequel l’acteur joue des rôles complexes d’hommes torturés et faillibles. Ici le personnage qui vit coupé du monde et de ses émotions est aux antipodes du masque de perfection des premières années de sa carrière. Il excelle dans quête du père inaccessible, qui a la capacité de détruire la terre. Une tragédie posant la question du sens de la vie sans altérité, sans Dieu ni Paradis, juste l’infinité du vide et les autres.


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